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L’abandon corporel comme psychothérapie Une démarche S’ouvrir à tout soi Ces psychothérapeutes chercheurs se sont rendu compte que lorsque certaines conditions d’implication de soi sont assurées, c’est-à-dire une ouverture à tout soi-même, sans prédéfinition ni interdiction à laisser exister, non à agir, à suivre et à habiter avec toute la rigueur possible, cette expérience de mouvement intérieur se renouvelle et elle donne accès à des aspects inconnus et structuraux de soi. C’est ce qui par la suite a été appelé « la position », c’est cela l’abandon corporel : l’ouverture à tout soi-même comme c’est organisé et non comme on voudrait que ce soit. On est ainsi loin d’une théorie à laquelle se conformer ou d’un ensemble de techniques pour parvenir à un résultat prédéfini. Tout ici est mis en place pour que l’organisation corporelle unique et déterminée qu’est chacun puisse se dire et s’assumer. S’ouvrir à tout l’autre Recevoir tout de soi à l’occasion d’un autre, même ce que l’on considère comme mal, comme irrecevable, si on le laisse être sans l’agir, accomplit le même impensable phénomène chez cet autre. Il n’y a plus alors ni bien ni mal, ni bons ni méchants. Habiter ce mode de rapport à soi et à l’autre, et ainsi recevoir et donner d’être, décloisonne les antagonismes. Tout donne et reçoit alors d’être. C’est ce que les psychothérapeutes chercheurs ontologiques ont nommé « la paradoxalité ». S’accomplit alors, ne serait-ce qu’un moment, ce que recherche ardemment tout humain, toute humanité : la rencontre recevant et donnant d’être dans la globalité de soi. La position du thérapeute Une telle approche non médicale ni scientifique au sens habituel du terme, mais sans compromission, avec toute la rigueur de ce qu’on appelle la recherche ontologique, met l’accent sur la rencontre entre les personnes. Psychothérapeute et clients s’engagent dans un même processus de « co-devenance » leur permettant d’apprendre et de comprendre soi, l’autre, l’humanité. Cela n’empêche en aucune manière la situation psychothérapeutique de rester entièrement centrée sur les clients. Tout au contraire. Il est essentiel pour le psychothérapeute en abandon corporel de prendre cette position d’ouverture à tout lui-même, à être et non à agir, le rendant apte à « co-devenir », en recevant et donnant d’être et de ce fait en apprenant et comprenant mieux ses clients tout en demeurant à chaque instant présent à la relation psychothérapeutique. Le psychothérapeute chercheur en abandon corporel renonce ainsi à savoir à l’avance ce qu’est l’être humain et à détenir la vérité sur l’humain; il se dispose plutôt à mettre en place en soi-même les conditions favorisant d’apprendre et mieux comprendre qui nous sommes en faisant la place à ce qui est de soi et de l’autre. Devenir qui l’on est Cette souffrance originelle s’est par ailleurs trouvée décuplée par ce que les psychothérapeutes chercheurs en abandon corporel appellent « le co-devenu humanité », c’est-à-dire le long chemin emprunté par les humains dans leur quête d’eux-mêmes et qui les a également façonnés. Les difficultés de vivre des humains ne sont donc pas des maladies dont il faut les guérir, mais les marques accumulées d’un manque de soi à la fois constitutif et acquis au cours de notre histoire commune, qui est inscrit en chacun d’une manière particulière. On ne guérira jamais d’être l’humanité sous la forme unique de soi-même. En ce sens, l’abandon corporel s’éloigne de la définition habituelle de la psychothérapie, puisque pour les psychothérapeutes impliqués dans cette recherche le projet n’est pas de guérir ni de changer, mais d’assumer dans un processus sans fin ce qu’est soi. L’expérience continue a démontré aux chercheurs ontologiques en abandon corporel que devenir sujet responsable de soi-même rend plus enrichissant le rapport à soi et aux autres. Le changement par excellence proposé par cette approche de la psychothérapie est avant tout l’acquiescement à soi, à ses limites comme à ses possibilités. Bien des souffrances que l’on porte s’amenuisent alors et l’existence peut s’ouvrir à des dimensions insoupçonnées de profondeur et de sens. Les sens donnés à nos vies par les mythologies, les sagesses, les philosophies et les religions sont aujourd’hui largement remis en cause. Il ne nous reste pratiquement que la science comme institution sur laquelle nous appuyer. Même si la science se montre très efficace à explorer notre univers, elle s’avère cependant d’une navrante pauvreté pour ce qui est d’offrir aux humains des horizons engageant la globalité de leur existence. Les réponses des grandes institutions ne nous satisfaisant plus et la science n’apportant pas de compréhension adéquate des problèmes du mal, de la violence et de la souffrance, il reste à se tourner vers la seule institution intouchée, soi-même, et à explorer le donneur de sens co-devenu que chacun est, subjectivité constitutive qui ne peut se poser que comme vérité. Envisagée sous cet angle, la psychothérapie pourrait offrir un lieu de substitution aux grandes recherches institutionnelles tout en assurant aux individus la présence la plus adéquate à leurs souffrances les plus intimes. L’individu y découvrirait de l’intérieur certains des enjeux essentiels de sa propre existence. Devenir sujet de soi-même et entrevoir les dimensions du fait humain apportent sens et direction à sa vie. Les limites inévitables de chacun s’apprivoisent et peuvent être accueillies en soi. Le risque de soi |
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